La Commission de la Santé publique de la Chambre a adopté mardi à l'unanimité (le VB s'est abstenu) un projet de loi accordant des pouvoirs spéciaux au
gouvernement en cas d'épidémie ou de pandémie de grippe A (H1N1).
En cas d'épidémie, il y aura "urgence à disposer d'un cadre juridique adéquat", a justifié la ministre de la Santé Laurette Onkelinx. Dans ce cas de figure exceptionnel, le processus
parlementaire serait trop long. Le texte adopté mardi en Commission offre la possibilité au gouvernement d'adopter un ou des arrêté(s) délibéré(s) en Conseil des ministres. Ce cadre légal
exceptionnel sortirait ses effets après sa publication au Moniteur belge, moyennant un passage préalable au Conseil d'Etat.
Si un tel scénario devait se produire, la ministre de la Santé s'est engagée à informer de manière informelle le Parlement, via les Commissions de la Santé de la Chambre et du Sénat. En outre,
les arrêtés royaux éventuellement pris devront avoir été ratifiés par le parlement dans un délai d'un an, faute de quoi ils seront censés n'avoir jamais existé.
Les arrêtés royaux potentiels devront entrer en vigueur au plus tard six mois après leur publication, le délai ultime étant le 31 juillet 2010. Ils pourront avoir un effet rétroactif, jusqu'au 30
avril 2009. Vu l'état de la question, il est impossible à ce stade de prévoir précisément le contenu de ou des éventuel(s) arrêté(s) de pouvoirs spéciaux. Le projet de loi prévoit cependant que
le gouvernement serait habilité à agir d'autorité dans cinq domaines.
Un circuit dérogatoire pourrait être prévu pour la distribution et la délivrance de médicaments. Outre les grossistes, seraient autorisés à distribuer les médicaments, la Défense nationale, la
Protection civile, les services communaux et les points de contacts locaux de soins dans chaque commune, moyennant l'intervention des gouverneurs et des bourgmestres et moyennant un stockage
temporaire par certains grossistes.
Le gouvernement sera aussi autorisé à relever le nombre de dons de sang par personne par an légalement limité à quatre. Il justifie cela par le fait qu'en période d'épidémie, certains
donneurs risquent de prendre peur. L'exécutif fédéral aura également la possibilité de réquisitionner des professionnels de la santé qui ne dépendent pas, sur le plan des compétences, des
autorités régionales (infirmières, aides soignantes...)
Enfin, les communes pourront recevoir des informations issues du cadastre des professionnels de la santé. L'objectif est pour les entités locales de pouvoir identifier les prestataires de soins
exerçant sur leur territoire.
Une "habilitation générale" est également conférée au gouvernement dans le cas d'hypothèses difficilement prévisibles nécessitant "une réponse urgente", sous peine de "péril grave en matière de
santé publique", dans le cadre d'une pandémie ou d'une épidémie.
Le Conseil d'Etat a réagi positivement au projet de loi qui offre la possibilité au gouvernement d'user de pouvoirs spéciaux, une technique rarement utilisée, et qui, dans d'autres circonstances,
a parfois prêté le flanc à la controverse.
Vu les garanties énoncées, il ne s'agit pas d'octroyer au gouvernement un "chèque en blanc", a assuré mardi Laurette Onkelinx.
Le projet de loi n'a pas été l'objet de contestations mardi en Commission, le député MR Jean-Jacques Flahaux le justifiant au nom du "principe de précaution". Tout au plus quelques questions ont
été posées depuis les bancs du CD&V, du cdH et des Verts, portant notamment sur la responsabilité des vaccinateurs. La ministre s'est engagée à y revenir de manière plus précise en séance
plénière de la Chambre à l'ordre du jour de laquelle sera inscrit le projet de loi. (belga/cb)
22/09/09 19h59
Le Soir, Belgique
Une nouvelle loi contre notre liberté et notre vie privée
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