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Sud
presse élection 2007n.c.
Jeudi 25 février 2010
Je me permets d’utiliser ce droit citoyen que la démocratie m’offre encore pour répondre au professeur Löwenthal. Dans Le Soir du 17 février, il écrit que les absents au vote seraient des délinquants, des petites gens doublés d’électeurs illettrés, incapables de pointer un choix politique, bref de parfaits inciviques.
La démocratie est avant tout un système qui demande à chacun de discuter de ses arguments avec ses opposants afin de conclure, par le consensus, sur une solution équitable.
Elle offre la liberté d’expression pour chacun. Elle permet de participer, selon ses capacités, à l’amélioration de l’ouvrage commun. Elle oblige aussi au respect du choix de
l’autre. Mais la démocratie n’a pas pour but de légitimer le système en place. Elle vise l’égalité concrète et réelle entre tous les membres de la cité lors de l’élection et
cela que ce soit par le vote ou le non-vote. Les citoyens que dénonce M. Löwenthal ont des droits qui ont la même origine que les siens. (…)
S’il est vrai que les Belges sont de plus en plus nombreux non pas à se dérober à leur devoir d’électeurs, comme l’affirme M. Löwenthal, mais plutôt dans la construction d’une alternative nouvelle face à des choix politiques toujours aussi restreints, ce n’est pas l’application de sanctions financières et administratives qui fera déplacer le citoyen aux urnes. (…)
J’entends souvent dire que l’abstention ferait monter le score d’extrême droite. C’est faux. Ce n’est pas l’abstention qui fait monter les votes extrémistes, mais les mauvais
résultats ou l’absence de résultats des partis majoritaires, qui structurent et renforcent le malaise social. C’est la pauvreté et la souffrance sociale qui gangrènent
l’électorat. (…) Cela provoque, au final, une défiance envers les institutions qui normalement aurait dû protéger les citoyens.
Mais cantonner l’abstention aux classes économiquement pauvres et en difficulté serait une erreur. Elle est le fait de citoyens qui se rendent compte que leur démocratie ne
les respecte plus et ne fonctionne plus ; elle touche toutes les communautés, toutes les classes sociales, mais surtout toutes les nations. Le fait de s’abstenir de voter
constitue un vote de sanction ; c’est un acte électoral qui traduit une crise du lien politique. (…) Pour y faire face, il faudra plus que des opérations de communication.
En vérité, dans l’analyse d’une élection et de la légitimité des élus, on ne peut faire abstraction de l’abstentionnisme. L’omettre revient à mutiler la réalité. Le taux
d’abstention peut être considéré comme un indicateur du niveau de santé d’une démocratie. (…)
Ne pas voter, c’est revendiquer sa voix, c’est un choix politique engagé, au même titre que le vote. (…)
Leroy Thierry
Fondateur du Mouvement abstentionniste et progressiste
Publié le 28/04/2008 à 18h46